Chaque 2 Novembre en Haïti, on célèbre la fête des guédés. Pourtant, beaucoup d'entre nous ne sait pas vraiment l'histoire de cette fête.
À travers cet article, je vais vous donner une brève historicité de cette fête.
Selon un article fleuve publié sur les réseaux sociaux, les Guédés étaient une famille, une Nation, une communauté qui partage en commun: une langue, des coutumes, les mêmes interdits quelques rituels traditionnels. Leur territoire, ce que l’anthropologie désigne sous le nom générique d’aire culturelle, était situé sur le plateau d’Abomey, ancienne capitale du royaume du Dahomey, zone comprise aujourd’hui entre Zogbodomey, Bohicon et Abomey.
L’histoire des Guédés repose sur un mythe fondateur, similaire à d’autres ayant préexisté à la création d’une majorité de clans en Afrique. Cette communauté à l’époque, était frappée d’une calamité manifestée sous la forme d’une épidémie. Les gens en mouraient quotidiennement, par dizaines. Comme toute nouvelle maladie décimant les contrées ou les communautés, aucun remède n’existait encore. Les médecins traditionnels étaient pris au dépourvu.
On se rebattait sur les prières et supplications aux divinités et pour autant, aucune amélioration, aucune solution n’ont pointé à l’horizon. Les croyances ou systèmes spirituels prennent le pas. Ils deviennent naturellement les seules et uniques voies de recours en lieu et place des approches médicales et scientifiques. C’est comme pareil à tout système où l’humain s’obstine à croire que les forces transcendantales, les gens ne cessent d’invoquer la clémence de ceux qui sont déjà partis.
Désespérément coincés entre le malheur et les maladies, ils suppliaient volontiers les ancêtres, déjà dans l’autre monde, d’indiquer la feuille, la racine, l’écorce, la partie de l’animal, ou la combinaison d’éléments précités pour composer la fameuse potion qui guérira les malades. Face aux échecs répétés, il fut décidé, selon les consultations, que le fils aîné du chef de la collectivité accepte de s’offrir en sacrifice afin d’apporter le message personnellement aux ancêtres, dans leur séjour d’outre-tombe appelé Fètomè.
La croix (symbole Chrétien) du Bawon (premier enterré) a remplacé la pierre sous laquelle furent enfouis les restes du fils Aîné (Guédé), celui qui choisit d’apporter personnellement le message aux ancêtres.
En échange, il fallait excepter la règle stipulant que soient restés inconnus les lieux de sépulture des rois et des princes. Au cas où sa mission est couronnée de succès, donc si la potion est révélée, son tombeau devrait être marqué d’une pierre sur laquelle tous les membres de la communauté viendront faire leur libation de sodabi (clairon local) en invoquant la guérison pour les cas de maladie grave. Ce qui arriva. Ce qui fut fait. Ainsi, a été le point de départ de ce rite couplé (mort-vivant/vivant-mort) qui prit le nom du fils aîné Guédé, et qui devint par la suite le nom du clan.
Evolution des Guédés en Haïti
La célébration du Culte des Morts se fait en principe le 2 novembre. Etant donné que le 1er novembre est aussi congé à l’occasion de la fête de la Toussaint les adeptes du Vodou en profitent pour se manifester par le rite Guédé qu’on retrouve dans plusieurs rues de la capitale, dans les cimetières et dans les peristil. Les observations ont démontré que c’est surtout dans le département de l’Ouest et plus particulièrement dans les péristyles en plaine, à Carrefour et de visites dans les cimetières le 1er et le 2 novembre, qui marquent surtout une sorte d’ingestion des célébrations réservées aux défunts par le calendrier des catholiques.
Ceux qui se targuent d’être chrétiens, envahissant les cimetières pour honorer la mémoire de leurs défunts. Les Vodouisants vont s’attrouper autour de la Croix représentant Bawon, le premier homme inhumé dans ce panthéon. Quoi donc de plus raisonnable que de trouver dans cet espace Chrétien, une forêt de croix, quelques symboles récréant dans l’imaginaire de ces africains transplantés, les principes fondateurs d’un rite perdu. Bawon qui n’existe pas dans les cimetières Dahoméens, devient par un jeu d’association, le lieu symbolique du Gede, enfoui dans la forêt perdue d’Afrique.
La croix (symbole Chrétien) du Bawon (premier enterré) a remplacé la pierre sous laquelle furent enfouis les restes du fils Aîné (Gede), celui qui choisit d’apporter personnellement le message aux ancêtres. Ainsi, le Bawon en Haïti a permis la perpétuation du geste, la mise en scène rituelle du contact, à partir du lieu de sépulture d’un ancien vivant, avec le monde invisible, Fètomè ou Pays sans Chapeau. Fètomè est le lieu de résidence des défunts où règnent et se côtoient les divinités ou Lwa. Le crédo Africain s’entend, tout ce qui se passe dans le visible se prépare, se planifie d’abord à partir du monde invisible.
Le Baron rempli également une fonction de Legba. Imaginez-vous des chrétiens hypocrites au cimetière de Port-au-Prince. Richement vêtus d’habits noirs, mauves, ou blancs, qui viennent prendre part à la messe chantée dans la petite chapelle des Sept Douleurs érigée dans la partie ouest du cimetière à moins de 50 mètres de Bawon et de Grann Brijit. Ensuite, ils longent les ruelles étroites entre les caveaux tantôt repeints tantôt en état de délabrement pour aller allumer des cierges, déposer des bouquets de fleurs, brûler des encens sur la tombe de leurs défunts.
Pour cent, deux cents ou trois cents gourdes selon vos moyens, des (pè savann) avec un missel à la peau délavée, chantent des libera en latin pour le repos des âmes du purgatoire. Parallèlement, des Vodouisants parés de leurs accoutrements de mauve, de blanc ou de noir, le visage recouvert de farine, leur bouteille de piment macéré dans de l’alcool en main, leur cierge allumé, ils balbutient des prières aux ancêtres. Si attachés à leur culture profonde défiant ainsi la toute puissance supposée de la Bible que veut leur imposer l’occident, ils s’attroupent autour de Bawon.
Tout en se déhanchant sur un rythme Banda, eux aussi, des plus proches aux plus lointains, exposant leurs peines et difficultés quotidiennes. Ils déposent ensuite un cigare, une tasse de café, une bouteille de cola, un morceau de pain, du maïs grillé, des poissons et des bananes boucanés. Deux formes d’expression, l’une, l’appropriation des mœurs et la culture de l’ancien colonisateur; l’autre plus proche de l’univers cognitif du Vodou. Pourtant les deux expressions se convergent dans l’essentiel au point qu’au fond le Guédé, dans ses réjouissances et son discours qui font fi de la morale chrétienne, va s’exclamer: Gade yon Kaka, Lanmò pa fout konn gran mouche.
La fête de la mort en Haïti et au Dahomey
Au Dahomey tout comme chez nous, la mort est une fête. A l’opposé des rites ralentis, tristes et lents du christianisme, le Vodou est célébré dans la joie, les éclats de rire, la danse, la musique rythmée des tambours. Les pratiquants du rite Gede, en Haïti, font la démonstration des esprits qui peuvent incorporer temporairement un vivant, par le test de la prise du piment frotté dans les zones sensibles du corps: le sexe et des fois, les yeux. Les déhanchements ou de bèl grenn gouyad si w konn vantilatè participent de cette gestuelle qui ironise leurs pairs chrétiens.
Ces derniers, obnubilés par un évangile obscurantiste et hypocrite présentent la mort comme un accident, une peine capitale sanctionnant “l’homme déchu”. Alors que la philosophie pratique africaine apprend que tout ce qui vit, doit mourir; humains, végétaux et animaux et que l’homme ne saurait échapper à ce principe qui régit tout être vivant sur la planète Terre, le plateau du Lwa Sakpata.
Les accoutrements et déguisements du Guédé, ses brassages avec des ossements humains ont pour but d’injecter une certaine dose d’humanisme aux vivants trappés dans l’individualisme égoïste (bénédiction personnelle), lè Jezi va vini l ap pran madanm nan ; men l ap kite mari a pou l demele l ak satan. C’est ce qui fait du Guédé, le Vodou Philosophe, non pas parce que ses messages sont trop simplistes, recouverts de dehors dits grossiers. “Pa fout gen zo ki pat gen po sou li“, ou “Tout homme est le produit d’une gouyad“. Justement, la Gouyad du Guédé, ne rappelle-t-elle pas la morphologie du spermatozoïde?
Les célébrations du rite Guédé varient suivant la région et les origines des familles Vodou en Haïti. Contrairement à Port-au-Prince et ses environs, dans l’Artibonite, les Vodouisants ne pratiquent aucun rituel dans les cimetières devant la croix de Bawon. La période du mois de novembre fournit l’occasion aux divers sanctuaires de cette région, de réaliser la fête des Braves, nom que prend le rituel des morts, et ayant des formes similaires au Guédé.
Ces célébrations combinent sacrifices et offrandes en l’honneur des défunts, des ancêtres, des Loas du panthéon Guédé. Participants et adeptes expriment leur réjouissance à travers des chants et des danses et la consommation des nourritures et boissons sacrées à base de piment et d’alcool. Certains lakou, comme Soukri Danach, rendent hommage aux Guédé en leur consacrant la dernière journée de leur période de célébration des divinités Lwa Kongo.
Le Guédé Tomè ou Pays Guédé n’existe que dans les souvenirs aujourd’hui au Bénin pour des causes historiques liées à la fondation de cette Nation d’Afrique de l’Ouest. Des descendants de Guédé se sont retranchés dans leurs communautés, réduites à des îlots épars et discrets localisés dans tout le plateau d’Abomey. J’ai pu visiter le Gedezoumen ou La Forêt de Guédé où se trouvent encore l’arbre et la pierre de Guédé. Sans un lieu public, les cérémonies en l’honneur de Guédé se réalisent sans éclats, dans l’intimité des concessions et enclos réunissant des Gedevi ou descendants des Guédé. En marchant à Abomey et à Bohicon, il n’est pas rare de voir plantées devant des parcelles, des pancartes métalliques portant le nom du propriétaire dont le nom de famille est Guédé ou Gedevi. Deux hôtels pour voyageurs et touristes de passage de Bohicon portent le nom de GUEDEVI.
En conclusion, la fête Guédé en Haïti reste et demeure un rite du vaudou et même des chrétiens catholiques qui pratiquent cette fête en catimini.


Bon travay, mwen kontan sa
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